Les mariages Google Cloud – Looker et Salesforce – Tableau changent-ils la donne sur le marché des outils analytiques ?

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Avec la collaboration de Mélanie Larivière, conseillère, Analytique des données, Firmin Hendrick, conseiller, Analytique des données et Charles Saulnier, conseiller principal, Analytique des données.

Avec les acquisitions récentes de Looker (outil de visualisation et de modélisation de donnée) par Google Cloud et de Tableau (outil de visualisation) par Salesforce, le visage du marché de l’analytique vient de changer radicalement. En particulier, le montant des transactions (2,6 milliards USD et 15,7 milliards USD respectivement) signifie que la capitalisation des principaux joueurs est grande, et que la valeur des entreprises spécialisées en visualisation, modélisation/fédération de données et intelligence artificielle* (IA) atteint des sommets.

Compte tenu de l’intérêt marqué pour l’IA qui se manifeste maintenant dans les lignes d’affaires, et de l’engouement qui ne ralentit pas pour la visualisation de données, ces transactions ne seront certainement pas les dernières à faire les manchettes ! L’objectif de toutes les entreprises qui se démarquent ou veulent se démarquer est d’offrir des fonctionnalités telles que l’enrichissement des données, les requêtes en langue commune et la reconnaissance d’images à même (ou à travers) l’outil de visualisation, pour passer rapidement de l’analyse descriptive (que se passe-t-il ?) à l’analyse prescriptive (que devons-nous faire ?) et même cognitive (le système apprend sans intervention humaine). Les entreprises dont les plateformes n’offrent pas de telles fonctionnalités sont susceptibles d’acheter ces technologies plutôt que de tenter de les développer et, possiblement, arriver trop tard sur le marché.

Tableau, déjà fort de l’acquisition qui avait été faite de Empirical Systems en 2018, devrait profiter des avancées de la plateforme Einstein de Salesforce . Pour sa part, Looker pourra profiter des solutions IA de Google Cloud et avec ses fonctionnalités de modélisation “directe”, devient un acteur de premier plan. Reste à voir l’impact que cela aura sur ses parts de marché ailleurs qu’aux États-Unis.

Comment ces transactions affectent-elles le marché ? De nouvelles opportunités se présentent pour les startups et les joueurs plus établis en IA de rentabiliser leurs activités via une acquisition par un plus gros joueur en analytique. Compte tenu des sommes en jeu, nous pouvons nous risquer à faire un parallèle avec la vague d’acquisitions du milieu des années 2000: lors de cette vague, des entreprises spécialisées en bases de données ont acquis à fort prix des compagnies qui offraient davantage de fonctionnalités analytiques (du reporting en particulier) afin d’élargir leur marché, avec des résultats parfois positifs (IBM-Cognos, Cognos faisant toujours partie de l’offre IBM), et parfois négatifs (quelqu’un se souvient que Microsoft a acquis ProClarity?)

Le facteur-clé actuel est l’essor de l’intelligence artificielle. Dans l’optique où des entreprises plus “nichées” en visualisation n’ont pas nécessairement la capacité de consacrer du temps et budget de R&D à développer des modèles et des algorithmes d’apprentissage, et que plusieurs entreprises spécialisées en IA n’offrent pas nécessairement d’outils/interfaces avancées de visualisation pour permettre aux développeurs et analystes de rapidement et efficacement produire des visuels, rapports et tableaux de bord, il est à prévoir que des entreprises de ces deux secteurs mettent leurs forces en commun. Compte tenu de la capitalisation des géants, et du risque financier (perçu ?) pour les entreprises qui ratent l’envol du marché de l’IA, il est fort probable que d’autres transactions similaires suivent à court terme.

Est-ce que Microsoft, qui a pris une large part du marché analytique avec Power BI et la Power Platform et sa solution intégrale (bases de données physiques et en infonuagique / préparation de données / modélisation / visualisation), devrait trembler suite à ces transactions ? Compte tenu de sa vision actuelle, et de l’innovation de ses différentes plateformes, Microsoft reste bien positionnée et déploie régulièrement des améliorations et ajouts à sa suite. L’éventail de possibilités lorsque ses outils analytiques sont combinés à Azure Data Lake, Azure ML et Cognitive Services est impressionnant.

Si Tableau arrive à faire grimper son ratio de déploiements en nuage (Tableau Online) comparativement aux déploiements traditionnels (Tableau Server), et à prendre un virage SaaS comme Salesforce, la pression pourrait augmenter. Est-ce que Salesforce pourrait décider d’intégrer davantage Tableau à sa solution, à moindre coût ? Si oui, l’avantage actuel de Power BI côté coûts pourrait s’effacer, et l’attrait de Tableau auprès des utilisateurs des lignes d’affaires pourrait relancer la “guerre” Tableau vs Power BI. Pour Looker, qui est moins connu en particulier dans le marché québécois, faire partie de l’offre Google Cloud accroît sans doute sa visibilité ; de là à en faire un sérieux concurrent à Tableau et Microsoft ? C’est peu envisageable à court terme, mais comme la technologie, le visage du marché peut changer extrêmement rapidement !

Est-ce que d’autres transactions sont à prévoir à court terme ? Il ne serait pas surprenant que de gros joueurs spécialisés en bases de données (traditionnelles ou en infonuagique) ou ERP suivent l’exemple de Salesforce pour rattraper leur retard dans l’un (ou les deux) des domaines en vogue de l’analytique. Plusieurs outils de visualisation à interface web ont des fonctionnalités similaires actuellement. Comme ils peuvent avoir de la difficulté à prendre des parts de marché aux entreprises établies, il est fort probable que d’autres acquisitions suivent. Déjà, un partenariat Oracle Cloud – Azure a été annoncé le 5 juin dernier, ce qui crée un précédent pour des déploiements multi-plateformes en infonuagique.

Prédictions qui n’engagent que les auteur(e)s de ce texte :
• Amazon sera un des prochains joueurs majeurs à faire l’acquisition d’une plateforme de visualisation, et SAP essaiera aussi de faire du rattrapage de ce côté.
• Des joueurs comme Sisense, Yellowfin et DataRobot sont aussi sujets à être acquis prochainement. Qlik donne l’impression de vouloir continuer de faire cavalier seul, mais pour combien de temps ?

À suivre…

 

*: pour fins de simplification de l’article, le terme Intelligence Artificielle (IA) ne distingue pas l’apprentissage profond, l’apprentissage machine et l’intelligence artificielle.

Références:

https://cloud.google.com/blog/topics/inside-google-cloud/expanding-our-platform-for-business-intelligence-and-embedded-analytics

https://looker.com/product/looker-difference

https://www.tableau.com/about/blog/2019/6/blog-1-110508

https://www.pcmag.com/article/368902/salesforces-tableau-acquisition-is-latest-in-bi-consolidati

https://www.pcmag.com/feature/363939/the-biggest-tech-mergers-and-acquisitions-of-all-time

https://www.betterbuys.com/bi/tableau-vs-power-bi/

https://www.oracle.com/corporate/pressrelease/microsoft-and-oracle-to-interconnect-microsoft-azure-and-oracle-cloud-060519.html